David Behrens est spécialisé dans les applications cliniques de la pleine conscience et de la méditation dans le traitement des maladies mentales et des addictions. Il a passé 27 ans en tant que moine en Inde avant de s'installer en Angleterre pour devenir homéopathe en 2007. Il s'est entretenu avec Live For More sur la façon dont son parcours spirituel personnel l'a amené à acquérir des connaissances sur la pleine conscience qui lui ont permis d'aider les autres.
Raconte-nous ton parcours, comment tu t’es retrouvé en Inde et comment tu as pu y passer autant de temps à étudier.
Je crois que mon intérêt pour les traditions orientales a commencé quand j’avais environ 14 ans et que ma grande sœur est rentrée à la maison avec un livre sur le yoga. C’était à Brooklyn, à New York, et elle est allée directement dans sa chambre avec le livre ; quand j’ai jeté un coup d’œil, elle faisait la posture sur les épaules. Et moi, là, je me suis dit : « Waouh, ça a l’air intéressant ! » Et d’une manière ou d’une autre, ça a touché quelque chose en moi.
Puis, pendant ma première année à la fac, j’ai eu un prof qui était un hatha-yogi assez accompli, qui avait étudié avec Sivananda et qui enseignait au Brooklyn College, et j’ai adoré ça. Ça m’a en quelque sorte ouvert une porte, et je me suis dit que peut-être, un jour, j’irais en Inde.
Finalement, un an ou deux plus tard, j’ai trouvé le chemin de l’Inde, et là, je me suis vraiment concentré sur la pratique. Très vite, l’occasion s’est présentée de devenir moine. C’était un grand pas à franchir, mais je me suis dit : « C’est peut-être ça. »
Je suis donc devenu moine au début de la vingtaine. Ça impliquait beaucoup d’études, beaucoup de pratique, et c’était ma vie : étudier la méditation, étudier le yoga, étudier les différentes philosophies, vivre plein d’expériences intérieures merveilleuses où je ressentais vraiment le pouvoir de la méditation.
Les pratiques spirituelles m’ont toujours apporté ça. Elles te nourrissent. Elles prennent soin de toi. Elles te purifient et te donnent de l’énergie. Et elles entretiennent ton énergie, de l’énergie physique à l’énergie spirituelle proprement dite, celle qui te fait te sentir pleinement vivant à l’intérieur.
Tu peux nous en dire un peu plus sur le chemin que tu as suivi en tant que moine ?
J’ai beaucoup étudié et je pense que ce qui était beau, c’est que l’apprentissage reposait toujours sur trois facteurs. Le premier, c’est que tout ce que tu apprends est déjà écrit, par exemple dans un texte sacré ancien ; ce n’est pas comme s’il y avait un seul maître qui te proposait quelque chose qui n’avait jamais été proposé auparavant. Si tu étudies la vie des grands maîtres, tu verras qu’ils reviennent toujours aux textes originaux où cela a été écrit et montrent que ça a toujours été là. Donc j’étudiais les textes, et ensuite, la deuxième chose importante, c’est qu’il fallait les mettre en pratique. Il fallait les essayer, comme une paire de vêtements.
Et la troisième chose, c’est qu’il fallait en faire l’expérience. Il fallait que tu sentes que ça soutenait ta vie, que ça te rendait plus heureux. Ça te donnait plus de discipline et plus de bien-être. Et ça marchait. Ça ne pouvait pas être juste une merveilleuse philosophie. Tu devais vraiment sentir que ça t’aidait. Que ça te rendait plus épanoui à l’intérieur ou que ça te remplissait d’une grande énergie. Et en même temps, tu devais pouvoir donner plus de sens à ta vie.
Les pratiques spirituelles m’ont toujours apporté ça. Elles te nourrissent. Elles prennent soin de toi. Elles te purifient et renforcent ton énergie. Et elles entretiennent ton énergie, de l’énergie physique à l’énergie spirituelle proprement dite, où tu te sens pleinement épanoui à l’intérieur. Et en général, ça te donne envie de te consacrer à aider les autres. En tout cas, c’est ce que ça a fait pour moi.

Comment en es-tu alors venu à revenir en Occident et à travailler avec des personnes souffrant de troubles mentaux ou en voie de se remettre d’une dépendance ?
Je pense qu’en tant que moine, tu réfléchis constamment pour t’assurer que, quoi que tu fasses, tu y sois pleinement présent, que ton cœur y soit et que cela contribue à ton épanouissement global. Et c’est quelque chose que j’ai toujours voulu. Je voulais que ça continue à m’apporter plus de connaissances, de maturité et d’épanouissement, et à un certain moment, il y a environ neuf ans, j’ai senti qu’il était temps de chercher un autre mode de vie.
En général, dans la tradition orientale, on suit le chemin inverse. On devient chef de famille, on est alors considéré comme un « habitant du monde », puis on entre dans la phase de renoncement. Mais j’étais très jeune quand je suis devenu moine et j’ai en quelque sorte fait le chemin inverse. J’ai reçu beaucoup de soutien pour cette transition, et j’ai constaté qu’il n’y avait pas vraiment de grand changement, car tout ce que j’avais appris constituait mon soutien. Ma pratique quotidienne de la méditation, l’étude des textes sacrés des traditions orientales et le fait d’en faire ma vision, tout ça a simplement continué, mais désormais, au lieu de porter la robe de moine, j’étais un chef de famille.
La pleine conscience, ça veut dire que tu sens que tu es présent, que tu es là, et que tu es capable d’observer comment l’esprit change.
C’était aussi le moment de me lancer dans une carrière et j’ai suivi une formation pour devenir homéopathe. Ma femme et moi sommes tous les deux homéopathes, car j’ai découvert que c’était l’une des meilleures médecines parmi toutes les médecines alternatives. Ça m’a énormément aidé en Inde. Je suis donc devenu homéopathe, puis, il y a environ cinq ans, j’ai senti qu’il était temps de mettre à profit des décennies et des décennies d’études et d’apprentissage pour les appliquer en milieu clinique.
Grâce à mon travail avec les « Recovery Colleges » du NHS pour la santé mentale, le centre de réadaptation London Charter Harley Street et le Nelson Trust, qui est l’une des principales fondations spécialisées dans les addictions, j’ai découvert que la formule la plus intéressante était la combinaison de deux facteurs, en particulier en matière de santé mentale et d’addiction. Il s’agit de la prise de conscience et de la capacité à guider ton esprit.
Quand tu travailles avec quelqu’un qui souffre d’une maladie mentale, sa capacité à prendre conscience de son propre esprit est vraiment limitée. La pleine conscience, ça veut dire que tu sens que tu es présent, que tu es là, et que tu es capable d’observer comment ton esprit évolue. Quand tu n’es pas en bonne santé, ton esprit change, il te consume, il te submerge, et tu perds le sens de toi-même. Et j’ai découvert que la pleine conscience, en particulier, permettait à une personne de retrouver cette capacité.
Le deuxième facteur le plus important, c’est de pouvoir guider son esprit. Quand on souffre d’une maladie mentale, l’esprit s’enferme dans une boucle, on a des hallucinations ou on perd complètement conscience, et on n’arrive plus à s’en sortir ni à se recentrer sur ses activités quotidiennes. Et j’ai trouvé que la simple pratique de la pleine conscience était d’une grande aide : être présent, guider son esprit, le ramener vers la respiration, et enfin retrouver un peu de calme, parce que vivre avec un esprit aussi instable, c’est épuisant.
… la méditation est une pratique plus classique, un moment que je me réserve pour être avec moi-même. Je me concentre sur mon for intérieur, j’approfondis mon exploration et je me découvre, que ce soit à travers un mantra, en étant à l’écoute de ma respiration ou en observant mon esprit.
J’ai constaté que c’était pareil avec la dépendance. Si tu deviens dépendant d’une substance ou d’un comportement particulier, tu perds la capacité d’être conscient et tu perds la capacité de guider ton esprit. Et c’est l’une des clés de la dépendance : retrouver cette capacité à guider ton esprit, ce qui se traduit par le libre arbitre. J’ai étudié les données scientifiques à ce sujet. Quand une personne devient dépendante d’une substance, le cortex préfrontal du cerveau s’affaiblit, et c’est là que se situe la prise de décision exécutive. Et c’est incroyable de voir qu’en pratiquant la pleine conscience, tu retrouves le pouvoir de choisir. Ainsi, quand les envies surgissent, ou quand tu ressens un besoin intense de drogue, ou que tu as besoin d’adopter le comportement auquel tu es accro, tu peux en quelque sorte l’observer avec un peu de recul, puis guider ton esprit vers un endroit plus sûr. Et ça se reconstruit réellement grâce à une pratique quotidienne.
Quel est le lien entre la pleine conscience et la méditation ?
D’après ce que j’en ai compris et la façon dont je la pratique, la méditation est une pratique plus classique, un moment que je me réserve pour être avec moi-même. Je me concentre sur mon for intérieur, j’approfondis cette exploration et je me découvre, que ce soit à travers un mantra, en observant ma respiration ou en observant mon esprit. On utilise donc différentes techniques, mais c’est un moment où tu es simplement avec toi-même.
Je dirais que la pleine conscience est un concept plus large. Il s’agit d’être présent dans la vie. Il s’agit d’apprendre à naviguer dans ton monde intérieur et ton monde extérieur. Le monde intérieur, c’est ton univers mental et émotionnel. Naviguer, ça veut dire que tu es capable de te déplacer là-dedans.
Et je dirais que la pleine conscience est un concept plus large. Ça consiste à être présent dans la vie. Ça consiste à apprendre à naviguer dans ton monde intérieur et ton monde extérieur. Le monde intérieur, c’est ton univers mental et émotionnel. Naviguer, ça veut dire que tu es capable de te déplacer là-dedans. Donc, si tu es comme un bateau, tu peux le diriger. Et si des vagues intenses arrivent, ou si différents défis se présentent sous forme d’émotions ou de pensées, tu peux t’adapter à elles. Tu peux décider de suivre certaines et d’en ignorer d’autres. Tu peux te guider toi-même. La pleine conscience, c’est donc être plus présent. Ça ne consiste pas tant à tourner ton esprit vers l’intérieur pour découvrir ton moi profond. La pleine conscience concerne surtout la vie de tous les jours.
Tu auras donc ta méditation, pendant laquelle tu t’assieras à l’heure habituelle chaque jour, ou deux fois par jour, et la pleine conscience, ça peut être quand tu es au travail. Je fais mes tâches en pleine conscience, je me promène, je suis simplement présent à ce que je ressens, à ce que je vois, à mes sens et à mon corps. Ou, parfois, je prends conscience de ma respiration pour me recentrer. Je dirais donc que la pleine conscience, c’est plutôt la mise en pratique au quotidien de l’art d’être disponible. Et d’être maître de ta vie.

Pourquoi penses-tu que la pleine conscience fait fureur en ce moment ?
La pleine conscience a toujours fait son apparition, tout au long de l’histoire, quand la société en avait besoin. Ce n’est pas nouveau. Il suffit de consulter les livres d’histoire. Étudie la vie des grands maîtres de la méditation et regarde à quelle époque ils ont enseigné. Et ce sera toujours quand la société en avait besoin.
La pleine conscience est toujours apparue, tout au long de l’histoire, quand la société en avait besoin. Ce n’est pas nouveau. Il suffit de sortir les livres d’histoire. Étudie la vie des grands maîtres de la méditation et regarde quand ils ont enseigné. Et ce sera toujours quand la société en avait besoin.
Je pense qu’intuitivement, tout le monde se rend compte quand il a besoin d’aide. Quand ça ne va pas ou que la vie commence à partir en vrille. Et c’est le cas pour beaucoup de gens. Il y a plein de défis à relever, donc je pense que c’est pour ça.
Alors, si les gens sentent qu’ils ont besoin de cette aide mais qu’ils ne savent pas comment y accéder, que leur conseillerais-tu ?
La pleine conscience, c’est pour tout le monde. Chaque être humain a besoin de développer une relation très saine avec son propre esprit, son univers émotionnel, et il peut construire cette relation en renforçant sa concentration.
C’est très accessible aujourd’hui : il y a plein de livres, plein de vidéos sur YouTube. Ça aide d’avoir quelques conseils au début, mais le plus important, c’est que tu te mettes à la pratique et que tu en fasses l’expérience. Un prof peut t’aider, ou un bon livre sur lequel t’appuyer, mais comme pour tout dans la vie, au final, tu dois t’approprier cette pratique. Une fois que tu as appris les bases, tu peux construire dessus. Ça doit s’intégrer à ta vie, telle que tu es. Et qui tu es.
Il y a tellement de possibilités pour tout le monde. T’as pas besoin d’être cliniquement malade ou dépendant. C’est peut-être juste que tu veux te sentir plus vivant. Plus présent dans la vie. Tu veux acquérir plus de compétences pour vivre ta vie au mieux.
Le yoga, c’est super intéressant. Il faut toujours garder à l’esprit la définition du mot « yoga » en sanskrit. Ça veut dire « union ». C’est l’union avec ton moi individuel, avec le moi universel. Et bien sûr, dans le hatha yoga, tu travailles avec ton corps pour faire l’expérience de cette union plus grande.
Et la pratique des asanas ?
Le yoga est très intéressant. Il faut toujours garder à l’esprit la définition du mot « yoga » en sanskrit. Ça veut dire « union ». C’est l’union du soi individuel avec le soi universel. Et, bien sûr, dans le hatha yoga, tu travailles avec ton corps pour faire l’expérience de cette union plus grande. C’est aussi l’une des meilleures formes d’exercice : c’est parfait pour l’équilibre, c’est génial pour développer l’endurance. Donc, selon tes objectifs, le hatha yoga est génial et il en existe tellement de formes différentes que les gens pratiquent aujourd’hui, que tu le fasses comme exercice ou comme pratique spirituelle profonde. Et si tu l’approfondis, ça te mène finalement à la méditation. Ça t’amène à travailler sur ta respiration. Ça t’amène à te concentrer sur ton for intérieur, puis ça commence à devenir un peu ésotérique, car tout ça tourne autour de l’éveil de l’énergie spirituelle. C’était le but du hatha yoga, si tu lis les textes sacrés originaux datant de plusieurs milliers d’années.
Y a-t-il autre chose que tu aimerais partager sur les bienfaits de la pleine conscience ?
Ce que j’ai découvert avant tout, c’est qu’être en bonne santé dans la vie est une expérience à plusieurs niveaux. C’est l’esprit, c’est le corps, c’est le monde émotionnel. C’est l’âme, ce sont les relations, ce sont tous ces aspects, et on doit prendre soin de tout ça.
Ce que j’ai surtout constaté, c’est qu’être en bonne santé dans la vie, c’est une expérience à plusieurs niveaux. C’est l’esprit, c’est le corps, c’est le monde émotionnel. C’est l’âme, ce sont les relations, ce sont tous ces aspects, et on doit prendre soin de tout ça. Au final, on se tourne vers différentes façons de développer ces capacités, pour être vraiment en bonne santé et heureux de manière holistique. La pleine conscience et la méditation s’adressent vraiment à tout le monde, car elles t’aideront que tu sois croyant, que tu ne t’intéresses pas du tout à la spiritualité, ou que tu souhaites simplement développer ta capacité à être présent dans la vie. C’est une compétence qui ne sert pas seulement à retrouver la santé quand tu es malade. C’est une compétence qui te permet de t’épanouir davantage et d’être plus présent dans la vie.
David est disponible pour poursuivre cette conversation et répondre à toutes tes questions sur la façon dont la méditation de pleine conscience peut t’aider dans ta vie. Contacte-le via son site web, http://mindfulnessprograms.org/.
Cette interview a été éditée et condensée pour plus de clarté.


