Mark Das, prof de yoga international, est connu pour être un spécialiste de l’équilibre sur les mains. Il vit désormais à Bali et touche des élèves du monde entier grâce à sa « Handstand Academy » en ligne. On a récemment discuté avec lui de son entraînement unique, du rôle de l’équilibre sur les mains dans la pratique des asanas, ainsi que de sa philosophie d’enseignement, tant en studio que sur Internet. Et il se peut qu’il en profite pour te parler de son tapis de voyage préféré. Faisons connaissance avec Mark Das !
On sait que tu as une formation à la fois en arts martiaux et en gymnastique. Comment le yoga réunit-il les aspects de ces deux disciplines ?
À 21 ans, j’ai vécu dans un monastère en Chine où je me suis plongé dans le kung-fu Shaolin. Si j’étais parti en Chine, c’était surtout pour devenir un meilleur pratiquant d’arts martiaux, mais j’ai reçu bien plus que ça. J’ai découvert que le mouvement, c’était bien plus que simplement bouger son corps ; il y avait tout un niveau de conscience accrue, de pleine conscience, qui s’inscrivait dans la pratique du mouvement.
En observant les enfants qui vivaient au monastère, je me suis rendu compte que peu importait qu’ils s’entraînent aux arts martiaux, qu’ils fassent la vaisselle ou qu’ils mangent : ils abordaient toutes ces activités avec la même concentration. C’est ainsi que j’ai compris que le mouvement s’intègre à tous les aspects de la vie. Leur façon d’aborder le mouvement ou les arts martiaux reflétait leur façon d’aborder la vie.
J’ai commencé la gymnastique à l’âge adulte. J’ai découvert le poirier dans ce monastère chinois, puis, pendant mes années de gymnastique à l’université, entre 22 et 24 ans, je me suis améliorée dans cette figure. Et j’ai constaté la même chose en gymnastique. Plus tu faisais preuve de concentration et de pleine conscience à l’entraînement, meilleure était ta pratique. La même concentration s’appliquait à tout moment. Il n’y avait aucune différence entre entrer dans le gymnase, faire la vaisselle ou s’entraîner.
C’est ça, le yoga pour moi : la pleine conscience, la connexion à soi-même et la connexion aux autres. Du coup, quand j’ai commencé le yoga, j’étais déjà capable de m’investir pleinement, à la fois grâce à la pleine conscience et à une pratique solide. Il y a beaucoup de croyances limitantes à surmonter avec les appuis renversés, donc la pleine conscience et la concentration sont très importantes, et elles m’ont permis de développer ma pratique pour en arriver là où j’en suis aujourd’hui.
Qu’est-ce qui t’attire particulièrement dans les figures sur les mains ?
Quand j’ai commencé à faire des figures sur les mains, j’ai tout de suite craqué. C’était un défi super sympa. Et ce qui était génial, c’était de repousser sans cesse mes limites.
C’est un peu comme un bébé qui essaie d’apprendre à se tenir debout sur ses deux pieds. Au début, il vacille et tremble, car son système nerveux et ses muscles ne sont tout simplement pas habitués à cette position. Le bébé a besoin d’une aide extérieure, comme le bord d’une table, un canapé ou ses parents. C’est un processus au cours duquel le corps construit les connexions neuronales et développe la force musculaire, et quand il est exposé à la position debout sur deux pieds assez longtemps, tout à coup, ça fait tilt.
Il se passe quelque chose de similaire avec l’équilibre sur les mains. Ton corps ne sait tout simplement pas ce que ça veut dire de se maintenir la tête en bas sur tes deux mains. Je prends le temps de développer la force et le système nerveux comme il faut pour pouvoir faire un poirier au milieu de la pièce sans problème et tenir l’équilibre pendant une minute ou deux. Le chemin pour y arriver est assez long.
Je suis le genre de mec qui adore les schémas, les graphiques, les chiffres, et répéter quelque chose encore et encore pour chercher des améliorations marginales grâce à la vidéo et à l’analyse. Je suis assez scientifique dans ma pratique de l’équilibre sur les mains. C’est encore une chose qui rend ça tellement intéressant pour moi, parce que ça t’oblige à faire la même chose encore et encore, et tu vas gagner en fluidité avec le temps. Bon, ça ne convient pas à tout le monde. Certaines personnes aiment la variété, et rien que l’idée de la répétition leur donne la chair de poule !
Faire le poirier ne fait pas de toi une meilleure personne. C’est juste une compétence de plus que tu peux développer et un outil qui te permet de mieux te connaître. Ça demande beaucoup d’énergie et de dévouement, donc le fait de pratiquer l’équilibre sur les mains a considérablement amélioré (au bout de huit ans de pratique) ma patience et mon engagement, mais aussi ma capacité à m’accorder des pauses. Parce que l’équilibre sur les mains, c’est un parcours qui dure toute la vie ; il y aura toujours quelque chose à améliorer, ce qui signifie que je peux être beaucoup plus indulgent envers moi-même.
On parle souvent du yoga comme d’une pratique corps-esprit. Quel est l’aspect mental du poirier ? Est-ce que tu trouves qu’il apporte des bienfaits mentaux particuliers ?
Le poirier en lui-même apporte de nombreux bienfaits mentaux. Le premier, c’est de surmonter les croyances qui nous limitent. Ces histoires qu’on se raconte : « Et si je me blessais ? Je ne suis pas assez fort. Je suis trop maladroit. » Elles justifient presque le fait de NE PAS pratiquer, même si on a vraiment envie d’apprendre. Quand on s’accroche à ces croyances, on vit dans le monde des « si seulement ». Tout serait possible SI SEULEMENT tu n’étais pas comme ça, ou SI SEULEMENT tu n’étais pas comme ça. Si on vit tout le temps dans ce monde-là, c’est un espace très sécurisant.
Dès que tu fais ce premier pas vers le poirier, en t’inscrivant à un atelier ou en t’engageant à t’entraîner régulièrement, c’est là que tu commences à te dire : « Oh, peut-être que j’en suis capable, je progresse et j’apprends, et je vais y arriver ». Petit à petit, tu vas commencer à ébranler ces croyances qui te limitent.
L’une des choses que je remarque, c’est l’effet domino : ce regain de confiance en soi se répercute sur d’autres aspects de ta vie. J’avais une élève « ancrée au sol » qui avait vraiment du mal à se mettre en équilibre sur les mains. Elle est venue suivre une semaine d’immersion à Bali et, au quatrième ou cinquième jour, elle a surmonté sa peur de se mettre en équilibre. Puis, une fois rentrée chez elle et revenue à sa vie normale, elle a remarqué qu’elle se sentait tellement plus forte. Si je peux faire le poirier et surmonter cette peur, qu’est-ce que je peux faire d’autre ou surmonter pour laisser mes passions s’épanouir ?
Quelle est ta philosophie d’enseignement ?
En tant que prof, ce n’est pas moi qui compte, ce sont mes élèves. Il y a deux ou trois choses que je garde toujours à l’esprit. La première, c’est un modèle de compétence, d’autonomie et de lien social. Ton élève veut trois choses. La première, c’est de se sentir compétent, d’avoir le sentiment de pouvoir faire quelque chose ; la deuxième, c’est de sentir qu’il peut y arriver tout seul ; et la troisième, c’est un sentiment d’appartenance, une façon de se sentir connecté. C’est quelque chose que j’ai toujours à l’esprit. L’autre idée sur laquelle je m’appuie, c’est que peu importe le nombre d’élèves devant moi, il y en a toujours trois types : les débutants, les intermédiaires et les avancés. Et je veux toujours m’adapter à ces trois niveaux.
Je commence tous mes cours par un cercle où on discute et où on fait connaissance. Et puis, à la fin, on refait la même chose pour conclure. Donc, même si le poirier est une pratique individuelle, c’est bénéfique de le faire au sein d’une communauté solide où tout le monde te soutient, et quand on enseigne le poirier, un environnement sûr est LE PLUS important. Veille à leur sécurité à tout moment. Interviens pour les aider s’ils ne sont pas prêts pour l’étape suivante. Apprends-leur à assurer, comment ils peuvent s’entraider.
Encore une fois, en tant que prof, ce n’est pas moi qui compte. Je suis la dernière à partir, donc ils peuvent poser autant de questions qu’ils le souhaitent. En ne mettant pas l’accent sur moi, j’ai pu vraiment être utile à mes élèves et contribuer de manière significative à leur pratique du poirier. J’ai une passion pour l’enseignement en général. J’adore ça. J’ai enseigné différentes disciplines et formes de mouvement, et donné des conférences en tant qu’invitée dans mon ancienne université. Au fil du temps, j’ai développé une passion pour le poirier et maintenant je peux combiner les deux.
C’est comment, d’enseigner le poirier en ligne à des pratiquants de yoga ?
Je fais ça depuis un moment et c’est très enrichissant, tant pour les élèves que pour moi. Au début, j’étais assez sceptique, mais ça a l’air de vraiment bien marcher, surtout pour les appuis renversés. J’ai remarqué que les élèves sont plus motivés et plus enclins à persévérer.
En tant que prof de yoga internationale, je ne suis dans une ville qu’une ou deux fois par an, ce qui peut entraîner un manque de continuité avec mes élèves et, par conséquent, parfois des difficultés pour eux à progresser comme ils le souhaitent. Mais ce modèle en ligne nous a permis, à mes élèves et à moi, d’avoir une bien meilleure continuité.
Quel est ton meilleur conseil de voyage ?
Je voyage en solo depuis 11 ou 12 ans, par intermittence. Entre-temps, j’ai vécu aux Pays-Bas et en Chine, et je vis maintenant à Bali. Quand j’ai commencé à voyager, j’emportais TOUJOURS énormément de trucs. Tout ce dont je pensais pouvoir avoir besoin. Du coup, j’avais toujours beaucoup trop de weight sur le dos. Mon meilleur conseil, c’est donc : voyage léger !
J’ai progressivement réduit le volume de mes affaires, ce qui m’a amenée à adopter un mode de vie minimaliste. Tout ce que je possède tient dans mon petit sac à dos. Ça me permet de l’emporter en bagage à main et sur mon scooter, car il est super facile à transporter. J’emporte aussi un tapis de yoga Liforme avec moi. Et voilà ! Ça m’aide à réaliser que je peux vivre avec très peu, juste l’essentiel : des vêtements, quelques livres, mon tapis et quelques appareils électroniques.
Quelle est ta destination de voyage préférée ?
Je vis à Bali et j’adore cet endroit. J’adore les montagnes, les rizières, les gens sympas. Le climat, la météo, les heures de lever et de coucher du soleil qui ne changent pas d’une année à l’autre. C’est un endroit où on se sent bien chez soi. Va explorer les montagnes, les cascades, les falaises abruptes d’où tu peux admirer les couchers de soleil et observer les magnifiques récifs coralliens depuis les hauteurs. Les plages désertes où je cherche des coquillages, les rencontres avec les agriculteurs qui sont tellement sympas même si je ne peux pas beaucoup communiquer avec eux ! La gentillesse et la convivialité des habitants sont évidentes.
Si tu ouvrais un studio de yoga, comment l’appellerais-tu ?
Je n’ai pas de projets concrets, mais j’ai des rêves ! Pour l’instant, la Handstand Academy est la version en ligne de cette communauté. Donc, si je devais créer un studio, ce serait une représentation physique de ma communauté en ligne, et tout tournerait autour des figures sur les mains et de l’enseignement. Je l’appellerais donc la Handstand Academy.
Crédits photos : @nickypearsprout, @dylanwernerphotography et @oc_rome
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