Quand tu jettes un coup d’œil dans un studio de yoga pendant un cours de vinyasa, à côté de presque chaque tapis, tu verras sûrement une bouteille d’eau qui n’attend que d’être renversée par un « flip dog » particulièrement énergique. Il est important de s’hydrater pendant un effort physique intense, mais il est tout aussi important de réfléchir à la façon dont tu transportes ton eau, et il ne fait aucun doute qu’utiliser un récipient réutilisable est bien plus écologique que les bouteilles à usage unique.
Même s’il existe des raisons de santé et de sécurité tout à fait légitimes d’acheter de l’eau en bouteille, c’est le plus souvent par commodité qu’on en achète. C’est un luxe difficile à justifier face aux preuves accablantes de l’impact environnemental négatif des bouteilles en plastique, tant avant qu’après que cette H₂O ait touché tes lèvres, car la production et l’élimination de toutes ces bouteilles constituent un gros problème pour notre planète.
Les bouteilles
Les bouteilles d’eau en plastique à usage unique sont le plus souvent fabriquées en PET (polyéthylène téréphtalate), un dérivé du pétrole. La fabrication de ces bouteilles nécessite du pétrole brut, de l’eau et de l’énergie, des ressources qui pourraient toutes être mieux utilisées ailleurs. Quand tu achètes une bouteille d’eau, seule une infime partie du prix correspond à l’eau elle-même. Tu paies aussi pour les bouteilles et les bouchons (en plastique), l’emballage (du papier, encore du plastique) et le transport (beaucoup plus d’énergie) à travers le monde.
Et le recyclage, alors ?
Les entreprises qui produisent de l’eau en bouteille se comportent souvent comme si elles avaient un passe-droit environnemental parce que les bouteilles en PET sont recyclables. Mais il y a une grande différence entre « recyclable » (en théorie) et « recyclé » (en réalité). En Europe, environ 50 % des bouteilles en plastique sont recyclées, ce qui est considéré comme un bon taux. Aux États-Unis, ce taux se situe plutôt entre 15 et 30 %.
Ces faibles taux reflètent à la fois un manque d’accès aux programmes de recyclage et la façon dont l’eau en bouteille est utilisée comme un produit « à emporter » : consommée puis rapidement jetée dans la poubelle la plus proche, d’où elle finit dans les décharges par millions de tonnes. Les bouteilles qui ne finissent pas dans les décharges se retrouvent souvent dans l’océan, où elles peuvent rejoindre l’un des cinq immenses tourbillons de déchets de la Terre ou se décomposer et être ingérées par la faune marine, entrant ainsi dans la chaîne alimentaire.
Même s’il existe de nombreuses utilisations incroyables et importantes des plastiques modernes pour toutes sortes de produits (et des moyens de plus en plus ingénieux pour les rendre plus écologiques), l’eau en bouteille se démarque comme un cas particulièrement flagrant, car ce qu’on te vend est presque partout disponible à un coût bien moindre, tant pour la planète que pour ton portefeuille.
Et le verre, alors ?
Tu te demandes peut-être si les bouteilles en verre sont un meilleur choix. Le recyclage du verre se rapproche davantage d’un « circuit fermé », ce qui signifie que le verre est plus facilement transformé en verre réutilisable, tandis que le plastique est généralement « downcyclé » en produits de moindre qualité. La fabrication du verre nécessite également moins d’énergie et d’eau que celle du plastique, et le verre est plus inerte : il n’altère donc ni le goût ni la composition de son contenu.
Le verre présente toutefois un gros inconvénient : il est lourd. Ça a un impact important sur la quantité d’énergie nécessaire pour transporter les bouteilles en verre remplies d’eau et les déchets de verre après utilisation. Et n’oublie pas que l’eau contenue dans ces bouteilles doit quand même provenir de quelque part.

L’eau
Alors, d’où vient toute cette eau ? Parfois, elle vient des Alpes suisses, parfois d’une île de Mélanésie, parfois d’une source naturelle dans le Maine, et parfois tout simplement du robinet. Si tu vis dans les Alpes suisses, en Mélanésie ou dans le Maine, c’est logique de boire l’eau de là-bas. Si ce n’est pas le cas, ça ne l’est vraiment pas.
Les ressources en eau de ces régions ne sont pas illimitées, et ça n’a pas de sens de les expédier à l’autre bout de la planète pour les vendre comme des toniques pour la santé. D’un autre côté, les mentions « source d’eau publique » ou « source municipale », qui apparaissent sur les étiquettes de plusieurs grandes marques d’eau en bouteille, indiquent que tu as acheté de l’eau du robinet filtrée.
L’eau du robinet est-elle propre ?
Alors, qu’en est-il de la propreté de l’eau du robinet ? Au vu des crises de l’eau qui sévissent actuellement à Flint, dans le Michigan, et ailleurs, c’est une question légitime. Dans les pays développés et industrialisés, l’accès à une eau potable est considéré comme un droit fondamental. L’eau du robinet y est testée plus fréquemment et mieux contrôlée que l’eau en bouteille, même si les citoyens doivent rester vigilants face à la déréglementation et à la dégradation des infrastructures. Utiliser l’eau du robinet, c’est montrer qu’elle reste une ressource communautaire vitale.
Si tu t’inquiètes de ce que contient ton eau, tu peux demander les résultats des analyses à ton service des eaux ou envoyer un échantillon pour faire réaliser des analyses indépendantes. On ajoute souvent du chlore à l’eau du robinet pour éliminer les contaminants. Utiliser une bonne carafe filtrante ou un système de filtration sous l’évier chez toi permet d’éliminer le chlore, ce qui donne une eau au goût plus agréable. La filtration peut aussi éliminer d’autres toxines, notamment le plomb, qui peut provenir de vieilles canalisations.
Fais passer le message
En plus d’arrêter de consommer de l’eau en bouteille et de recycler les plastiques chez toi, tu peux encourager ton employeur et ta communauté à faire de même. Au travail, demande la mise en place d’un programme de recyclage. La fameuse fontaine à eau de bureau, bien qu’elle utilise moins de plastique par portion, n’est pas sans poser de problèmes. Le plastique dur est plus susceptible de contenir du BPA, qui peut se retrouver dans l’eau elle-même. Bien que le BPA soit progressivement supprimé dans la plupart des endroits, des études montrent que son substitut courant, le BPS, a des effets similaires sur les hormones humaines. Proposer de l’eau du robinet filtrée coûte moins cher et présente moins de risques.
Tu peux aussi contacter ta collectivité locale pour qu’elle continue à fournir de l’eau potable propre et qu’elle mette en place ou améliore les services de recyclage. L’avis du public peut faire la différence, et c’est le cas, alors fais entendre ta voix.

Attention !
Avoir le choix entre plusieurs sources d’eau potable sûres est sans aucun doute un privilège. Il existe de nombreux endroits sur Terre où l’eau non contaminée est extrêmement rare, voire totalement introuvable. Il y a aussi des situations où l’eau en bouteille est le meilleur choix, par exemple lorsque l’eau du robinet est contaminée ou lors d’une catastrophe naturelle. Dans ces cas-là, n’hésite pas à boire de l’eau en bouteille. C’est à ça qu’elle sert.
Mais pour ta consommation quotidienne d’eau, fais le choix le plus respectueux de la planète. Une fois que tu comprends l’impact environnemental de l’achat d’eau en bouteille, il devient évident que ça n’a aucun sens de gaspiller autant de ressources pour ça. Le meilleur moyen de réduire l’offre d’eau en bouteille, c’est de réduire la demande, une personne à la fois. (Psst, c’est toi !)



