Au yoga, comme dans la nature, il faut s'enraciner pour pouvoir s'élever.
Ce que disent les profs de yoga
Beaucoup de profs de yoga sont des bavards. Ça fait un peu partie du métier. Pendant une heure, ton prof te guide d’une posture à l’autre, en te donnant souvent des conseils d’alignement et parfois des anecdotes ou des pensées inspirantes en cours de route. Ton prof dit tellement de choses que certaines peuvent te passer au-dessus de la tête. C’est pas grave, parce que tu entendras ce que tu as besoin d’entendre quand tu en auras besoin.
Tu entendras peut-être « ancrer ton bassin au sol » dans la posture du cobra pendant des mois, voire des années, puis, un jour, tu comprendras ce que ça veut dire et tu y arriveras. (Inspirer par l’anus n’aura peut-être jamais de sens, ou peut-être que, qui sait, un jour miraculeux, ça en aura.)
L’une de ces expressions, c’est « s’enraciner pour s’élever ». J’ai un prof qui le répète souvent à chaque cours, mais ce n’est que récemment que ça a vraiment commencé à faire son chemin. Et une fois que ça a été le cas, c’est devenu la chose la plus profonde qui soit. Ça a commencé à prendre tout son sens dans pratiquement toutes les postures de yoga et, comme les meilleurs conseils de yoga, ça a des implications bien au-delà du travail sur le tapis qu’on fait en cours.
Enraciner le corps
La consigne « s’enraciner pour s’élever » vient principalement de la méthode Anusara Yoga. Même si Anusara est beaucoup moins en vue depuis le départ de son fondateur John Friend, suite à des allégations d’inconduite en 2012, bon nombre des consignes d’alignement datant de son apogée influente restent d’actualité.
L’idée derrière cette consigne, c’est que chaque posture se construit à partir du sol. La partie de ton corps qui est en contact avec la terre est ta source de stabilité. (Imagine simplement qu’il y a de la terre sous ton tapis stable et confortable (Liforme, bien sûr !) si tu es à l’intérieur.) C’est pourquoi on s’efforce de développer des pieds et des mains solides et actifs qui s’ancrent au sol.

Dans les postures assises, avec les deux fesses bien posées sur le sol, on se sent en sécurité et ancré, ce qui nous permet de tourner notre attention vers l’intérieur en toute confiance et de faire l’expérience de la liberté et de la clarté mentales. Si on enchaîne avec une torsion assise, on doit d’abord établir un point d’ancrage qui servira de point de départ à notre rotation.
Dans les postures debout, on s’ancre par toute la plante du pied jusqu’à la jambe pour pouvoir se développer à partir d’un ancrage sûr. Ce lien entre nos pieds et le sol s’appelle le Pada Bandha. On fait attention à la façon dont nos pieds sont positionnés sur le tapis, car ça prépare l’alignement de nos hanches (tout en protégeant l’articulation du genou au passage). Parfois, ça veut dire écarter un peu plus les pieds dans la posture du guerrier ou dans une fente, pour garder l’équilibre. Une fois que le bas du corps est bien ancré, on peut ressentir une liberté dans le haut du corps.
Dans les équilibres sur les bras et les postures inversées, nos mains remplacent nos pieds au sol et deviennent ainsi la source de notre stabilité. Le Hasta Bandha, où l’on active les mains à partir du bout des doigts, aide à répartir la weight dans toute la main, ce qui soulage un peu la pression sur les poignets et apporte de la stabilité. Cette sensation inhabituelle d’être ancré par les mains alors que les pieds ne touchent plus le sol nous apprend qu’on peut oser expérimenter et repousser nos limites une fois qu’on a d’abord établi une base solide.
Les pieds sur terre

Bien sûr, on va aussi en faire toute une métaphore, parce qu’une fois que tu commences à t’enraciner pour t’élever sur ton tapis de yoga, tu verras comment cette pratique se transpose naturellement au reste de ta vie. Au boulot, dans tes relations, dans ton rôle de parent, c’est bien plus dur de faire avancer les choses quand ton énergie est dispersée dans tous les sens.
C’est pour ça qu’on a envie d’un yoga qui nous ancrent dans notre corps et de pratiques de méditation qui concentrent notre esprit sur le moment présent. Une fois qu’on se sent bien dans notre peau et qu’on est capable d’observer nos pensées et nos actions avec un peu de recul, on peut porter notre attention sur les défis qui se présentent et les relever.
Prendre position
La nature est le maître du yoga, toujours prête à te montrer comment ça marche. Les plantes entrent en dormance pendant une partie de l’année, conservant leur énergie sous la surface. Quand le moment est venu, elles font pousser de nouvelles Vert feuilles et étendent leurs petites branches tremblotantes dans toutes les directions. La stabilité et la souplesse s’équilibrent. Le vent peut secouer les branches du haut, mais, la plupart du temps, le tronc tient bon. Toutes les branches ne portent pas de fruits, mais tant que les racines sont là, le cycle peut se répéter.
Si on pousse un peu plus loin la métaphore (tu savais bien qu’on le ferait !), quand on s’enracine dans la terre, on commence à ressentir un lien plus fort avec le monde naturel. À mesure que la séparation entre les humains et la planète s’estompe, on commence à prendre l’écologie à cœur. Tout mépris flagrant pour la préservation des ressources ou toute justification de la pollution au nom du progrès nous choque.
Au fil de nos journées, on fait de notre mieux pour prendre les décisions les plus écologiques possibles. On veut préserver la Terre pour qu’on ait tous un endroit où poser les pieds et pour que les métaphores inspirées par la nature restent possibles pour les générations futures. Et tout ça, juste en posant fermement nos pieds sur le sol !



